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 Les fraises sauvages (Ingmar Bergman) 1957 Voir le sujet suivant
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chrislynch
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MessagePosté le: 28 Mai 2008 à 9:04    Sujet du message:  Les fraises sauvages (Ingmar Bergman) 1957 Répondre en citantRevenir en haut

Citation :
LES FRAISES SAUVAGES de Ingmar Bergman (1957)

Synopsis

La veille de la cérémonie qui doit mettre un terme à sa carrière, le professeur Isak Borg, fait un étrange rêve qui lui montre sa mort prochaine. Au cours de trajet qui le conduit à Lund, à l'université où l'on va souhaiter son jubilé, le vieux professeur est assailli de souvenirs.

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On r'fait le film

« Les fraises sauvages » ou quand Bergman invente le road-movie introspectif.

Avec son film précédent, « Le septième sceau », Bergman entamait une lourde réflexion sur la mort en forme de voyage au sein d’une inquiétude métaphysique. Dans « Les fraises sauvages », Bergman va tenter d’apaiser cette inquiétude. Les deux films sont étroitement liés, et comme chez beaucoup de grands metteurs en scène, des liens existent entre les réalisations. Voir l’un sans l’autre serait réducteur, un peu comme si on tentait d’examiner « Straight story » de David Lynch sans avoir vu « Lost Highway »… pari impossible.

Dans « Les fraises sauvages », il s’agit donc avant tout d’apaiser les angoisses et de trouver la sérénité. Pour y arriver, Bergman choisit de travailler son introspection par l’intermédiaire d’une psychanalyse cinématographique. Il utilise un procédé psychanalytique qui consiste à insérer un cauchemar dans l’esprit de son personnage principal qui va complètement bouleverser sa vision des choses. Un cauchemar pour créer un mouvement à l’intérieur d’une angoisse stagnante.

Quel est ce cauchemar ? Un vieillard se retrouve dans une ville sans vie. Toutes les portes et fenêtres sont obturées par des sacs. Les horloges ne possèdent plus d’aiguille. Au détour d’une rue, le vieillard aperçoit une forme humaine qu’il tente de suivre. Tout à coup, cette forme humaine le saisit par derrière en le frappant sur l’épaule. Le vieillard se retourne et constate avec effroi que la forme humaine ne possède pas de visage. Rapidement la forme humaine commence à se dissoudre devant les yeux ébahis du vieillard jusqu’à se répandre en flaque sombre semblable à du sang. Surgit alors un corbillard fou, sans cocher, qui se heurte à un bec de gaz et perd une roue, mais qui continue sa course folle jusqu’à se briser contre un mur, en évitant de justesse Isak le vieillard. Sous le choc, un cercueil se dégage du corbillard, tombe avec fracas sur les pavés et s’ouvre. Isak aperçoit une main sortie du cercueil. Il se penche et constate que le cadavre, c’est lui.

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Tout dans ce cauchemar invite à une réflexion sur la mort. Isak, vieux, peut-être au seuil de la mort, va devenir obsédé par cette vision qui l’entraîne peu à peu à remonter le cours du temps, à reconstruire les étapes de son existence. Pour réaliser ce voyage introspectif dans le temps, Bergman ne va pas se contenter du cauchemar. Il va utiliser un personnage bien réel, la bru de Isak, Marianne, interprété par Ingrid Thulin. Marianne, le symbole de jeunesse en opposition avec la vieillesse d’Isak, mais surtout un regard de vie sur ce qui apparaît déjà comme mort. Marianne qui va accompagner Isak vers l'Université de Lund pour qu’il y reçoive un titre de docteur jubilaire qui marque le couronnement d'une carrière.

Un voyage avec sa bru vers la consécration de toute une vie. L’occasion de connaître Marianne, d’entendre de sa bouche des vérités qu’il n’a jamais pris le temps d’écouter. Un voyage ponctué également de nouveaux assoupissements qui chaque fois font voyager Isak en songe vers son passé. Ses souvenirs de jeunesse réapparaissent de plus en en plus forts. Des rêves qui lui permettent de revoir et de réentendre son passé sous d’autres points de vue. Isak qui sera tour à tour affirmé ou nié par ceux qui l’ont connu.

Plus le voyage avance, plus la lucidité arrive à maturation pour Isak. Un bilan de vie prend forme et il est très dur. Isak comprend que s’il a complètement réussi sa vie professionnelle, il l’a profondément ratée d’un point de vue sentimental et familial. Sa dureté a eu raison de son humanité dans une vie gouvernée par l’égoïsme. Le vieillard ne peut mourir sous cet état des choses et va décider d’effectuer un virage à 360° vers plus d’humanité.

Dans ce voyage d’introspection aux allures psychanalystes, Bergman n’oublie pas la recherche du père. Celle-ci prendra le visage de Viktor Sjöström pour incarner Isak. Sjöström qui n’est rien d’autre qu’un des pionniers du cinéma muet et qui avait réalisé notamment « Le vent » en 1928. Bergman avait déjà utilisé son aîné dans son film « Vers la joie ». Viktor Sjöström comme un hommage à un père du cinéma, complètement en adéquation avec la démarche de psychanalyse de la narration des « fraises sauvages ». La forme stylistique de la séquence du cauchemar rend d’ailleurs hommage à l’expressionnisme qui se dégageait des œuvres de Victor Sjöström, notamment à « La charrette fantôme » réalisée en 1920, qui comportait déjà la même volonté de fond et de forme. Le corbillard fou du cauchemar des « fraises sauvages » constitue une réplique moderne de « La charrette fantôme », qui elle aussi transportait les morts. Deux réalisateurs, deux films qui offrent la perception d’un univers où morts et vivants se mêlent en une seule entité symbolique.

Un travail considérable sera effectué dans « les fraises sauvages » sur les notions du temps à l’intérieur de la narration. Pour passer de l’époque réelle du présent à celle du passé rêvé, Bergman aura recours à l’utilisation du flash-back, retour en arrière. Il n’est en aucun cas l’inventeur de ce procédé qui date sans doute de « La charrette fantôme » de Sjöström, mais il va par le biais de ce procédé, faire immerger une déviance du code narratif habituel, qui ouvrira la porte aux possibilités de déconstruction narrative offertes par exemple par Fellini dans « huit et demi » ou Lynch dans « Lost higway ». L’utilisation du flash-back comme partie intégrante de la structure narrative n’avait plus été utilisée de manière aussi réussie depuis « Citizen kane » de Welles, d’où l’importance accordée par les cinéphiles du monde entier aux « fraises sauvages ».

Un voyage introspectif comme une course folle vers l’humanité. Une recherche d’apaisement face à la peur de la mort qui prend des allures de rédemption. « Les fraises sauvages », pour sa grande humanité et sa volonté de déstructurer le récit se profile comme une œuvre majeure du septième art.


Dernière édition par chrislynch le 29 Mai 2011 à 14:39; édité 2 fois
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acte



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MessagePosté le: 28 Mai 2008 à 9:25    Sujet du message:   Répondre en citantRevenir en haut

Totalement d'accord avec toi cousin. Je crois, en refaisant mon top 100 actuellement. Accorder une place de choix à ce film. J'ai été transporté dans un monde, une ambiance. Un mariage entre esthétisme sensuel, charmant, quelque chose de délicat et introspectif et un récit brutal, fort, puissant.

C'est ce mélange entre puissance et délicatesse qui me fait fondre. Pour moi, avec "Le Septième Sceau", "Le Silence" et "Persona" peut être le meilleur film de Bergman. Et même, de toute l'histoire du cinéma.

Chapeau bas l'artiste ^^

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chrislynch
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MessagePosté le: 28 Mai 2008 à 9:27    Sujet du message:   Répondre en citantRevenir en haut

Yes ! Niakwè Yes ! Mickey Mickey Mickey
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chrislynch
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MessagePosté le: 28 Mai 2008 à 9:29    Sujet du message:   Répondre en citantRevenir en haut

Mike, quand tu feras des analyses sur l'autre forum, on pourrait faire des liens ici avec l'affiche, non ?
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acte



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MessagePosté le: 28 Mai 2008 à 9:32    Sujet du message:   Répondre en citantRevenir en haut

chrislynch a écrit :
Mike, quand tu feras des analyses sur l'autre forum, on pourrait faire des liens ici avec l'affiche, non ?


Le forum jap' ou l'autre ?

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chrislynch
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MessagePosté le: 28 Mai 2008 à 9:34    Sujet du message:   Répondre en citantRevenir en haut

acte a écrit :
chrislynch a écrit :
Mike, quand tu feras des analyses sur l'autre forum, on pourrait faire des liens ici avec l'affiche, non ?


Le forum jap' ou l'autre ?


Le jap. Pour l'autre, tu fais comme moi : tu recopies tes articles en faisant une belle présentation. S'il faut je te ferai des gifs pour introduire au sein de l'article Mr. Green
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acte



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MessagePosté le: 28 Mai 2008 à 9:37    Sujet du message:   Répondre en citantRevenir en haut

chrislynch a écrit :
acte a écrit :
chrislynch a écrit :
Mike, quand tu feras des analyses sur l'autre forum, on pourrait faire des liens ici avec l'affiche, non ?


Le forum jap' ou l'autre ?


Le jap. Pour l'autre, tu fais comme moi : tu recopies tes articles en faisant une belle présentation. S'il faut je te ferai des gifs pour introduire au sein de l'article Mr. Green


Ok, bah celui d'Harti toute façon, il se prête moins à analyses... [IMG]http://smileys.sur-la-toile.com/repository/Messages/0017.gif[/IMG], j'y passe de temps en temps, mais j'aime pas trop l'ambiance. Dommage, parce que y'a Harti, c'est d'ailleurs pour lui que j'y vais, sinon, je serai déjà parti.

Pour le jap', je vais faire une analyse sur des films de Miike, on vient de poster un article sur lui. Je vais suivre en faisant une petite retrospective de ses films.

Merci cousin :)

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chrislynch
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MessagePosté le: 28 Mai 2008 à 9:41    Sujet du message:   Répondre en citantRevenir en haut

acte a écrit :
chrislynch a écrit :
acte a écrit :
chrislynch a écrit :
Mike, quand tu feras des analyses sur l'autre forum, on pourrait faire des liens ici avec l'affiche, non ?


Le forum jap' ou l'autre ?


Le jap. Pour l'autre, tu fais comme moi : tu recopies tes articles en faisant une belle présentation. S'il faut je te ferai des gifs pour introduire au sein de l'article Mr. Green


Ok, bah celui d'Harti toute façon, il se prête moins à analyses... [IMG]http://smileys.sur-la-toile.com/repository/Messages/0017.gif[/IMG], j'y passe de temps en temps, mais j'aime pas trop l'ambiance. Dommage, parce que y'a Harti, c'est d'ailleurs pour lui que j'y vais, sinon, je serai déjà parti.

Pour le jap', je vais faire une analyse sur des films de Miike, on vient de poster un article sur lui. Je vais suivre en faisant une petite retrospective de ses films.

Merci cousin :)


Quand je disais l'autre, je voulais parler de tes blogs. Ca serait chouette de venir rappeler tes articles lorsqu'il y a un vote cinéaste par exemple.
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acte



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MessagePosté le: 28 Mai 2008 à 9:46    Sujet du message:   Répondre en citantRevenir en haut

chrislynch a écrit :
acte a écrit :
chrislynch a écrit :
acte a écrit :
chrislynch a écrit :
Mike, quand tu feras des analyses sur l'autre forum, on pourrait faire des liens ici avec l'affiche, non ?


Le forum jap' ou l'autre ?


Le jap. Pour l'autre, tu fais comme moi : tu recopies tes articles en faisant une belle présentation. S'il faut je te ferai des gifs pour introduire au sein de l'article Mr. Green


Ok, bah celui d'Harti toute façon, il se prête moins à analyses... [IMG]http://smileys.sur-la-toile.com/repository/Messages/0017.gif[/IMG], j'y passe de temps en temps, mais j'aime pas trop l'ambiance. Dommage, parce que y'a Harti, c'est d'ailleurs pour lui que j'y vais, sinon, je serai déjà parti.

Pour le jap', je vais faire une analyse sur des films de Miike, on vient de poster un article sur lui. Je vais suivre en faisant une petite retrospective de ses films.

Merci cousin :)


Quand je disais l'autre, je voulais parler de tes blogs. Ca serait chouette de venir rappeler tes articles lorsqu'il y a un vote cinéaste par exemple.


Pas bête, je suis OK !!

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chrislynch
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MessagePosté le: 28 Mai 2008 à 9:46    Sujet du message:   Répondre en citantRevenir en haut

acte a écrit :
chrislynch a écrit :
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chrislynch a écrit :
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chrislynch a écrit :
Mike, quand tu feras des analyses sur l'autre forum, on pourrait faire des liens ici avec l'affiche, non ?


Le forum jap' ou l'autre ?


Le jap. Pour l'autre, tu fais comme moi : tu recopies tes articles en faisant une belle présentation. S'il faut je te ferai des gifs pour introduire au sein de l'article Mr. Green


Ok, bah celui d'Harti toute façon, il se prête moins à analyses... [IMG]http://smileys.sur-la-toile.com/repository/Messages/0017.gif[/IMG], j'y passe de temps en temps, mais j'aime pas trop l'ambiance. Dommage, parce que y'a Harti, c'est d'ailleurs pour lui que j'y vais, sinon, je serai déjà parti.

Pour le jap', je vais faire une analyse sur des films de Miike, on vient de poster un article sur lui. Je vais suivre en faisant une petite retrospective de ses films.

Merci cousin :)


Quand je disais l'autre, je voulais parler de tes blogs. Ca serait chouette de venir rappeler tes articles lorsqu'il y a un vote cinéaste par exemple.


Pas bête, je suis OK !!


Yes !
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Elpapy



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MessagePosté le: 28 Mai 2008 à 16:17    Sujet du message:   Répondre en citantRevenir en haut

Citation :
Le forum jap' ou l'autre ?


*curieux*
Y'a des sous-fofo à ce fofo? Mr. Green
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MessagePosté le: 15 Jan 2009 à 19:04    Sujet du message:   Répondre en citantRevenir en haut

Je viens de revoir le film, j'ai fait un petit texte. Cool que le topic soit déjà créé. En tout cas, il va remonter encore un peu dans mon top 100.




Mr. Green



LES FRAISES SAUVAGES – Ingmar Bergman (1957)


Ingmar Bergman explorait le thème de la mort lors du « Septième Sceau », film sinon « artériel », en tout cas introspectif et témoignant d’une volonté du cinéaste d’aborder la mort, l’éteinte du corps et de l’Esprit.

Par ce chevalier du Moyen-Âge, affrontant dans un jeu d’échec à l’allure de confrontation directe, la Mort représentée, rendue formelle, personnifiée, le cinéaste suédois frappait d’un grand coup la réflexion Freudienne au cinéma.

Un procédé de psychanalyse émanant de la sensation cauchemardesque d’un personnage par rapport à une certaine réalité.
On peut alors parler d’une étude de la psychanalyse chez Bergman. Il atteint avec le septième Sceau, une maturité artistique complète.

Un peu plus tard, « Les Fraises Sauvages » de venir confirmer la vision d’un cinéaste, à propos de l’homme, sa naissance, le temps et sa mort.

A nouveau, la thématique frappe instantanément l’écran. Le cinéaste prend la même tournure que lors de son précédent film. Ici, en revanche, il s’agit de focaliser le récit sur le temps qui passe, et sur la perception que l’on s’en fait.

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Dans un monde ou les fenêtres sont calfeutrées, obstruées, le temps a disparu. Un personnage transpire, et derrière lui, sur le clocher, les aiguilles du temps ont disparues, se sont envolées.

La mort est proche et le temps compte plus que jamais.

Pourtant, ce monde ne semble pas dépourvu d’Humanité. Une forme est là, présente, inquiétante. Mais au plus près d’elle, on s’aperçoit, en même temps que le personnage qu’elle n’a pas de visage. Aucune expression faciale, aucun trait, aucune forme. La perte de tout repère auquel s’attacher pour tenter d’affronter le cauchemar naissant.

Et comme le temps, les aiguilles, la forme se dissout, disparaît.

Reste sur le sol la marque d’une dissolution, d’une évidente preuve de substance, disloquée pourtant, il ne reste rien.

Le néant, ce qui semble ne pas exister, pourtant, renvoie indubitablement à une sensation de cauchemar bien réel.

La flaque laissée par la disparition de la « forme » devient le spectacle d’une renaissance. Celle d’un corbillard qui manque de foncer sur l’Homme, sans voix.

L’approche de Bergman est d’autant plus troublante, en rapport à son thème, qu’il transforme le cauchemar en une entreprise réelle, une réflexion pertinente de l’Homme sur sa propre mort. Soudain, le cercueil s’ouvre et le visage de l’homme devient visible. Lui-même, enfermé, mort.

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Il s’agit là, à présent, de construire un film sur une base d’introspection, de voyage initiatique à travers sa propre existence. Remonter les époques, revenir dans le passé et donner un sens à sa vie ;

Ce voyage d’introspection ne se fera pas seul, et en cela, Bergman propose une alternative.

La mort ne serait rien sans une représentation d’une preuve de vie. Quid alors de la jeunesse ?

Ingrid Thulin (Marianne) devient cette jeunesse personnifiée ; Elle porte un visage, un sens, une valeur à la mort. C’est une opposition à la mort, qui fait intervenir ce personnage comme un moteur.

La jeunesse symbolise un peu l’éternel. Tout est possible et l’on ne compte pas le temps. Les espoirs passent par la traduction de ce mot en tentative d’accomplissement.

Une relecture de son existence passe donc par l’espoir, la jeunesse.

Dans ce dessein, le procédé employé par Bergman est simple, d’un point de vue de mise en scène, il choisit le « flash-back » pour voyager dans le passé rêvé du personnage.

Cette manière de composer avec le récit offre une alternative au cinéaste, celle de confondre temporellement passé et présent. Le montage alterne ces moments de recherche, à ceux, bien présents.

Le récit par flash-back, lorsqu’il s’impose, a pour but de détourner le code traditionnel de narration. Il devient ainsi intemporel, et donc, non linéaire. Cela a pour objectif, dans ce film, de renforcer l’aspect de quête introspective entamée par le personnage.

Mais toute quête, aussi modeste ou désintéressée est-elle cache en fait, un lourd secret. Une volonté de celui qui la cherche, qui l’entame, de se guérir d’un mal-être. Le personnage, Isak, est parmi ceux qui entament un chemin vers la rédemption dans le but de changer quelque chose dans son passé. Son voyage prend alors l’aspect, à mon sens, d’une expiation.

Comme s’il se lavait d’un pêché auprès de Dieu, Isak accepte les erreurs de son passé, qui resurgit plus fort à chaque fois. Bergman explore en plus du comportement psychanalytique, le rapport de l’Homme à Dieu et le chemin vers la sagesse.

Isak comprend, accepte, et prend conscience que les choix faits ont eu comme finalité de faire de lui un homme ayant réussi sa vie professionnelle au profit d’une vie privée, néante.

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La sagesse lui impose alors de confronter ses décisions passées à son présent.

« Les Fraises Sauvages » est en définitive, l’exemple d’un cinéaste arrivé à maturité. Un film qui offre une réflexion poussée, sur le voyage introspectif, la sagesse, la mort, mais surtout sur le temps qui passe, inlassablement.

Ce même temps qui agit parfois avec nous, mais aussi, surtout contre nous. Bergman revient sur celui-ci, imposant par un voyage dans l’inconscient, la relecture de sa propre existence, avec un soupçon de sagesse.

Incontestablement, un grand film de l’Histoire du cinéma.

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chrislynch
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MessagePosté le: 15 Jan 2009 à 19:13    Sujet du message:   Répondre en citantRevenir en haut

Je me demandais bien ce que ce film faisait si bas dans ton classement car "le temps qui passe", "l'introspection", sont des sujets récurents dans ce que j'entends sortir de ta bouche.

Oui, incontestablement un chef-d'oeuvre absolu du septième art. Seule chose, j'aimerais bien revoir "La charrette fantôme" de Sjöström pour mieux comprendre les liens d'expressionisme entre les deux cinéastes. En plus, ici, Bergman ne masque rien puisqu'il réalise le film devant les yeux de Sjöström. Un lien affirmé donc.

Beau texte, cousin http://www.aquadesign.be/im/smiley/wink.gif
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MessagePosté le: 15 Jan 2009 à 21:03    Sujet du message:   Répondre en citantRevenir en haut

chrislynch a écrit :
Je me demandais bien ce que ce film faisait si bas dans ton classement car "le temps qui passe", "l'introspection", sont des sujets récurents dans ce que j'entends sortir de ta bouche.

Oui, incontestablement un chef-d'oeuvre absolu du septième art. Seule chose, j'aimerais bien revoir "La charrette fantôme" de Sjöström pour mieux comprendre les liens d'expressionisme entre les deux cinéastes. En plus, ici, Bergman ne masque rien puisqu'il réalise le film devant les yeux de Sjöström. Un lien affirmé donc.

Beau texte, cousin http://www.aquadesign.be/im/smiley/wink.gif


Oui, j'avais relevé déjà ta référence à Sjöstrom, mais je n'ai pas malheureusement pas vu "La charrette fantôme", aussi, je n'en puis pas faire de comparaison, à mon grand regret. Toujours est-il que j'ai vu "Le Vent" du même cinéaste. Du coup, si comme nous, Bergman crève pour ce film, alors, la présence de Sjöstrom au générique n'est pas un hasard.

Dans ton cas, c'est "la charrette..." qui fait office de référence, pour moi, "Le Vent", puisque c'est le seul que j'ai vu, pourrait être aussi une forme d'hommage.

Merci pour le compliment.


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